Sape

Art de vivre, institution voire « religion », la SAPE est un incontournable de la culture contemporaine congolaise. Littéralement acronyme de Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes, cette société informelle regroupe divers clubs, bars ou individus qui se passionnent pour l’art de l’élégance vestimentaire.

La SAPE a ses codes et son jargon :

Le sapeur (voire le sapelogue ou sapeloge) pratique la sapologie : faire des recherches puis le « réglage » de sa mise, marier les couleurs, opérer « une passe » (un échange) entre sapeurs si nécessaire et faire sa « descente », c’est à dire « pointer » d’une démarche ou « diatance » allurée et défier ses pairs en espérant le succès foule !

sapeVêtements colorés, pas de danse, excentricité, courbettes, le sapeur fait son cinéma, mais…avec élégance ! Plus que la tenue, certes des plus recherchées, c’est l’allure qui compte et l’effet qu’elle produit sur un public ravi de cette distraction.

La SAPE, phénomène masculin, a également ses rois tel Djo Balard et ses courants : l’un se réclamant du pur classicisme, l’autre plus déjanté. Mais tous les sapeurs ont les yeux rivés sur Paris, capitale de la mode et haut lieu de SAPE pour la diaspora qui diffuse les tendances et les marques incontournables. « Voir Paris et mourir », le sapeur rêve d’un voyage initiatique qui le consacrera dans son art.

sapeL’intérêt des peuples congolais (la SAPE est pratiquée des deux côtés du fleuve Congo) pour l’élégance serait très ancien et se serait nourri de la colonisation, le sapeur s’étant approprié le vêtement des colonisateurs. Certains voient également dans les clubs existentialistes ou « existos » des années 50 les précurseurs des sapeurs. Néanmoins la SAPE telle qu’on la connait aujourd’hui est apparue dans les années 70 dans le quartier Bacongo de Brazzaville (majoritairement de l’ethnie Lari).

Sous l’audace du sapeur il y a souvent eu des germes de contestation comme l’exprime l’écrivain Alain Mabanckou : « puisqu’on nous a refusé le pouvoir économique et le pouvoir politique, nous allons le reprendre par le pouvoir de l’exhibition du corps, le corps devient l’élément fondamental pour opposer une résistance face au pouvoir politique qui ne peut pas prendre le destin des jeunes en main ».  Il relate aussi que dans les années 80, au stade de la Révolution, un groupe de sapeurs a fait son apparition, volant la vedette aux officiels venant soutenir les joueurs.

sapePour le sapeur, l’habit fait le moine puisqu’il est  le reflet d’une élégance intérieure. En effet, il existe un code de conduite implicite dans la SAPE : la non-violence, l’hygiène et le savoir-vivre en sont indissociables.  Il y a une philosophie de la SAPE, ce qui fait affirmer  à Bédel Baoura que le sapeur est  « un socratique doublé d’un épicurien ».

sapeLa SAPE a ses détracteurs : les sapephobes. Vivre pour la SAPE et se priver de l’essentiel pour s’offrir une paire de Weston semble déplacé compte tenu des réalités de l’Afrique. De même, pour la sociologue africaine Axelle Arnaut-Kabou « Cet outil de distinction et de domination sociale est devenu, aujourd’hui, un outil de subversion sociale. C’est-à-dire, des gens dont on ne sait pas comment ils gagnent leur argent, soignent leur apparence pour être vus, et sortir de la misère, or la société attend d’eux qu’ils prennent par exemple en charge leur famille ».
A cela, les sapeurs opposent qu’ils ont le droit de rêver et d’offrir du rêve à leur public !  Le photographe Hector Mediavilla auteur d’un très beau livre de photos dédié à la SAPE, estime que celle-ci est justement « une certaine forme de combat contre les circonstances difficiles de la vie. (…) Ça n'a l'air de rien comme ça, mais essayez donc pour voir, de garder nette une paire de Weston fraîchement cirées dans une ville couverte de poussière ».
Parfois sans eau courante, faisant fi des fréquentes coupures de courant, la vie d'un sapeur relève souvent du parcours du combattant.

Le phénomène SAPE s’est fait connaitre à l’étranger à travers le film Black Mic Mac de Thomas Gilou en 1986. Il suscite la surprise, la révolte ou l’admiration, mais il est aussi source d’inspiration. Ainsi Paul Smith, lui-même icone de la SAPE, s’est inspiré de celle-ci pour sa collection printemps-été 2010. De même, la chanteuse Solange Knowles rend hommage à la SAPE dans le clip « Losing You » et la bière Guiness offre un très beau regard sur la SAPE.

sapeLa SAPE est une vitrine du Congo pour l’international, et une partie intégrante de la culture congolaise ce qui amène certains congolais à réfléchir à une plus grande valorisation de celle-ci au risque de lui faire perdre sa spontanéité. À quand un musée de la SAPE à Brazzaville ?

 

 

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