jean-malonga « Comment un pays si petit que le Congo a-t-il pu produire une overdose de littérature ? » Amusé, l’écrivain Alain Mabanckou s’étonne encore de ce particularisme propre à sa terre natale, qu’il contribue fortement à nourrir. 

Littérature d’hier et d’aujourd'hui

Organe officiel des centres culturels de l'AEF (1950-1960), la revue Liaison fut la tribune des jeunes intellectuels congolais et fit connaître quelques-uns des écrivains congolais, déjà nombreux à l'époque. Citons : Jean Malonga (Cœur d'Aryenne, 1947) Guy Menga, dramaturge (la Marmite de Koka-Mbala, 1966) et romancier (la Palabre stérile, 1968) Sylvain Bemba, romancier et dramaturge (L'enfer, c'est Orfeo, 1969). Quant à Tchicaya U Tam'si, l'un des plus grands poètes d'Afrique noire, il publie son premier recueil en 1955 (Mauvais Sang). 

tati-loutard

À partir de 1968, l'essor de la littérature congolaise s'amplifie. Poésie, romans, nouvelles et essais trouvent leurs maitres. Le poète Jean-Baptiste Tati-Loutard fait paraître les Racines congolaises; Maxime N'Debeka, Soleils neufs en 1969. Le roman est bien représenté par Emmanuel Dongala (Un fusil dans la main, un poème dans la poche, 1973), Henri Lopès (le Pleurer-Rire, 1982) le nouvelliste Tchichellé Tchivela (Longue est la nuit, 1980), Sony Labou Tansi (la Vie et demie, 1979). Il faut enfin mentionner le romancier et essayiste Jean-Pierre Makouta-Mboukou et l'essayiste Théophile Obenga (Sur le chemin des hommes, 1984), également poète. 

Aujourd'hui, de nombreux écrivains congolais vivent en Europe et en Amérique du Nord. Alain Mabanckou, l'un des auteurs les plus brillants et féconds de la diaspora congolaise vit aux Etats-Unis d’Amérique. Il a publié de nombreux livres qui ont été en grande partie des Best Sellers et primés. La publication de son roman "Bleu-Blanc-Rouge" en 1999, lui a valu le Grand Prix littéraire d'Afrique Noire tandis qu’en 2006 il remporte le Renaudot pour son roman "Mémoires de porc-épic", parodie des contes africains.

henri-lopesHenri Lopes, qui a obtenu le Grand Prix de la francophonie de l’Académie Française en 1993 en est à son huitième roman avec Une enfant de Poto-Poto (2012) qui raconte le dilemme d’identité de la diaspora congolaise de la première heure, dans le Congo postcolonial.

emmanuel-dongalaEmmanuel Dongala, lui, écrit sur la vie quotidienne en Afrique australe, les horreurs de la guerre et son amour de la musique de John Coltrane. Son roman sur les dérives meurtrières des enfants-soldats Johnny Chien Méchant (2002) a été adapté au cinéma par Jean-Stéphane Sauvaire. En 2010, son roman Photo de groupe au bord du fleuve raconte la vie et la lutte de quatorze femmes qui se battent ensemble pour ne plus être exploitée. Il a été célébré par le Prix Virilo et le prix Ahmadou-Kourouma.

Mais tandis que les écrivains expérimentés continuent à enchanter un public toujours grandissant, de nouveaux talents se profilent. 

Et notamment Marie-Léontine Tsibinda qui avec La Porcelaine de Chine (2013) signe une œuvre dramatique mettant en scène des personnages qui tentent de recoudre leurs vies volées en éclats en raison de  la guerre. Ancienne comédienne dans la troupe Rocado Zulu de Sony Labou Tansi, elle réside au Canada, après avoir quitté son pays natal en 1999 et interrogée sur la place des femmes dans la littérature congolaise elle répond ceci : La femme que je suis n’est entrée dans le bal littéraire qu’en 1980... Je suis arrivée dans ce monde où l’homme régnait en maître, et j’ai été saluée par mes «grands frères», avec bonheur, parce que ma poésie a été discutée, critiquée sans complaisance et acceptée.»

Wilfried N’Sonde qui a fait forte impression à Henri Lopes (voir son blog) signe un roman qui ne laisse pas indifférent. Le Cœur des enfants léopards a en effet reçu le prix des Cinq Continents de la francophonie et le prix Senghor de la création littéraire. Il a aussi publié en 2010 Le Silence des esprits.

Sources : http://www.adiac-congo.com/ ; http://www.winne.com/ ; jeuneafrique.com ;  http://www.france24.com/ http://www.franceinter.fr/personne-emmanuel-dongala ; http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2013/09/17/photo-de-groupe-au-bord-du-fleuve- ; http://www.journaldebrazza.com/;http://www.rcinet.ca/

Le théâtre

sony-labou-tansiLe théâtre moderne fait son apparition dans les années 50 à Brazzaville capitale de l’Afrique Equatoriale Française à l’époque. Très calqué sur le modèle européen il s’adresse à l’élite, les pièces étant présentées en français puis le théâtre se développe rapidement sous l’impulsion des missionnaires chrétiens. Des groupes de théâtre se créent dans les quartiers populaires et le mélange entre les formes théâtrales traditionnelles et la scénographie occidentale va devenir la norme. Le théâtre devient militant et plaide pour l’émancipation des peuples, la justice et le progrès. On peut citer les textes de Guy Menga (la marmite de Koka Mbala), de Sylvain Bemba (Une eau dormante), de Tchicaya U Tam’si (le Zulu), de Sony Labou Tansi (Antoine m’a vendu son destin) et de Caya Makhele (la danse aux amulettes).

En 1965, à Brazzaville, deux troupes qui se démarquent des autres, le théâtre d’Union Congolais (le TUC) et l’ASTHECO (Association du théâtre congolais), fusionnent dans le Théâtre national congolais. À côté de Guy Menga et Sylvain Bemba et Tchicaya U Tam'si, on peut citer les poètes M. N'Debeka (le Président, 1970), Patrice Lhoni (l'Annonce faite à Mukoko), Ferdinand Mouangassa (Nganga-Mayala, 1968), etc. 

Dans les années 70, le milieu scolaire s’approprie la culture théâtrale. L’ancienne Alliance française devient le Centre de Formation et de Recherche d’Art Dramatique (CFRAD).

Les années 80 sont considérées comme l’âge d’or du théâtre au Congo tant il y avait une explosion de troupes théâtrales. Parmi ce nombre impressionnant de troupes, trois dominaient tellement la scène qu’elles se virent attribuer par envie ou par dérision le sobriquet de SOMADO, acronyme formé à partir des noms Sony, Matondo, Dongala. Sony Labou Tansi avec le Rocado Zulu Théâtre, Matondo avec le Théâtre Ngunga, Dongala avec le Théâtre de l’Eclair.

Depuis, Emmanuel Dongala s’est exilé aux Etats Unis (1997), Sony Labou Tansi et Sylvain Bemba sont morts (1995) et la guerre est passée par là.

Pour aider le théâtre congolais à se relever, Matondo Kubu Ture président de l’Association Nouvel’Art s’associe en 99 avec le centre culturel français de Brazzaville pour animer tous les derniers jeudis du mois une activité culturelle baptisée « un mois, un auteur ».

Aujourd’hui, pour paraphraser Abdon Fortune Koumba,  « le théâtre congolais semble être dans la résistance. Ceux qui en ont fait leur métier sont souvent obligés d’aller jouer en Europe pour essayer de vivre de leur métier. »
Très peu de personnes, encore moins les jeunes, ont accès aux livres, trop chers, et réservés à l’élite. Sans compter le fait qu’aucune industrie du livre n’existe réellement. « C’est difficile de faire lire et passer un message auprès de gens qui passent 98% de leur vie à chercher à manger et à survivre » reconnaît Julien Mabiala Bissila. 

julien mabiala-bissilaComédien, metteur en scène et auteur congolais de Brazzaville, Julien Mabiala Bissila est resté à Brazzaville pendant la guerre et a choisi de s’en inspirer pour questionner l’homme, interroger la langue, pour mieux traduire la réalité. 
Il donne corps dans sa pièce Crabe Rouge (1) à la parabole de la guerre et de la vie qui fait parler les morts, à ce verbe viscéral qui ose tout, de la dérision à la profession de foi libre.

dieudonne-niangounaMalgré les difficultés, des artistes persévèrent et continuent à produire, diriger et jouer. Outre Sorel Boulingui qui monte, le Congo peut encore compter sur Dieudonné Niangouna*, Felhyt Kimbirima, Arthur Batouméni, Ludovic Louppe et Abdon Fortune Koumba et leur association Noé culture qui organise depuis 2003 le festival Mantsina sur Scène à Brazzaville.

(1) L’Afrique qui vient, anthologie présentée par Michel Le Bris et Alain Mabanckou, éditions Hoëbeke.

* Dieudonné Niangouna, le Directeur du festival international Mantsina sur Scène a été l’artiste associé du festival d’Avignon en 2013. 

Le cinéma

Force est de constater que le cinéma congolais n’est pas au mieux.
Inexistence de salles de projection, carence de politique de promotion, le cinéma congolais est un véritable laissé-pour-compte. 

Et pourtant, dans les années 70 le film congolais a connu « ses lettres de noblesse ». On peut citer La rançon d’une alliance (1973), long métrage de Sébastien Kamba tiré d’un roman de Jean Malonga. Le Congo était ainsi un des premiers pays d’Afrique francophone à mettre à profit cette relation cinéaste-écrivain, du roman au film. 
Ont suivi, à partir des années 1978, La Chapelle, Les lutteurs, longs métrages de Jean-Michel Tchissoukou ; Médecin tradi-moderne, le réveillon de Noel, respectivement court-métrage et téléfilm de Sébastien Kamba, Cinquantenaire de Brazzaville de Bernard Lounda. Puis d’autres films, notamment de cinéastes de la diaspora, Alain Léandre Baker avec Un pygmée dans la baignoire et Diogène à Brazzaville (sur Sony Labou Tansi) ; Camille Mouyeke avec Voyage à Ouaga ; Pierre David Filla avec L’homme-mémoire et Matanga.

Mais les timides élans du film congolais des années 70 se sont brisés avec les guerres récurrentes des années 90 et la disparition des salles de projection. En effet, aujourd’hui les salles de la capitale ont été vendues à des groupes religieux dits « de réveil » qui les utilisent comme lieu de culte. C’est ainsi que l’offre faite au public congolais se réduit à une variété de films d’action américain, des variétés musicales de RDC et des films pornographiques projetés dans des petites salles étouffantes et inadaptées avec pour seul matériel un magnétoscope et un téléviseur.

Malgré tout, l’avenir pourrait s’avérer moins morose si on en croit Sébastien Kamba, président de l'Association des cinéastes congolais car pour lui cela ne fait aucun doute, les cinéastes congolais ne manquent pas de talent. Il cite notamment des jeunes formés dans de grandes écoles de cinéma tels que Charles Nouma, Thérèse Batalamio, Roch William Ondongo, Bernard Mbounda ou Julio Nzambi. 

Il est vrai que la création du collectif To Zali réunissant 14 réalisateurs est plutôt porteuse d’espoir tout comme l’est le Corecip (Comité de relance du cinéma congolais) créé en 2008 et dont les objectifs sont, entre autres, de regrouper tous les cinéastes congolais, afin de mener une lutte commune. 

claudia-haidara-yokaamog-lemraEt puis, si le salut doit venir du « dehors », notons que le Congo s’est illustré lors de la onzième édition du Festival International du film Panafricain de Cannes qui s'est tenue du 23 au 27 avril 2014. Avec Claudia Haidara-Yoka*, membre du jury de cette édition, Amog Lemra, en compétition officielle pour son film Entre le marteau et l'enclume, et Tima Ouamba, auteur et réalisateur venu présenter la version bande dessinée de son œuvre Terre pourpre, le Congo était bien représenté. 

L’association Clap Congo créée par Claudia haidara-Yoka voilà 10 ans a profité de cette tribune privilégiée pour organiser une conférence mettant en avant les atouts d’un cinéma d’auteurs indépendants congolais. Pour illustrer leurs propos, le film d'Amog Lemra a été projeté le soir même et au soir de la clôture du festival, Amog Lemra eut la bonne surprise de recevoir le Dikalo Award avec une mention spéciale du jury pour son film Entre le marteau et l'enclume. A noter que Bernard Oheix Ancien directeur de l’événementiel au Palais des Festivals de Cannes lui fait la part belle dans son blog (voir sources).

4 réalisations à son actif : Brazza blues 2002, Bozoba 2003, Manigance 2006 et Mère chef 2008

Sources : 100pour100culture.com- ; www.adiac-congo.com/ ; blog d’Emmanuel Dongala, les chroniques de France Inter ; la semaine Africaine ; http://www.objectif-cinema.com/horschamps/024.php ; www.journaldebrazza.com/article.php?aid=2864 ;http://ccfbrazza.org/to-zali ;http://bernard-oheix.over-blog.com/archive/2014-05/ ; www.lesfilmsdupaquebot.com/nos-films/fiche/ ;http://fr.allafrica.com/stories

 

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