personnages-emblematiquesSi bien des hommes sont restés, d’aucun dirait « rentrés » dans l’Histoire ancienne du Congo de par les écrits des coloniaux de l’époque et des historiens plus contemporains, il est rare qu’une place soit faite aux femmes. Et pourtant, en cherchant un peu, on peut découvrir 2 figures féminines, porte drapeau d’un désir de reconquête du royaume Kongo pour l’une (Tchimpa Vita) et  représentante d’un pouvoir traditionnellement reconnu uniquement aux hommes pour l’autre (Ngalifourou).


tchimpa vitaTchimpa Vita (Dona Béatrice de son nom de baptême) (Vers 1682-1706)

Tchimpa ou Kimpa Vita, issue d’une famille aristocratique du royaume Kongo a 22 ans lorsqu’elle commence à faire parler d’elle. Cette jeune fille qui a reçu une éducation à la fois coutumière et catholique proclame qu’elle a reçu de Saint Antoine, patron des naufragés et de ceux qui souffrent la mission de rassembler ses compatriotes pour mettre fin au désordre et permettre au royaume de retrouver sa puissance. On la décrit comme élancée, le visage fin, l’air serein et infatigable quand il s’agit de rassembler les siens autour de sa cause en parcourant les villages menant à San Salvador, l’ancienne capitale dévastée et vidée de sa population.

Les villageois approuvent les paroles de cette jeune femme qui leur propose une nouvelle religion sans fétiche et sans croix venues d’ailleurs.

Cette nouvelle religion va connaître un immense succès, tant parmi les populations animistes qui y adhèrent en masse que parmi les aristocrates qui commencent à se détourner de l’église catholique. En moins de deux ans, Kimpa Vita met sur pied les fondements d’une nouvelle église africanisée où se mêlent des influences catholiques et traditionnelles. Elle a voulu une église nationale, indépendante de Rome mais chrétienne. Les représentants de l’Eglise romaine qui commencent à voir en cette prophétesse noire une menace la font arrêter pour hérésie et suite à un semblant de procès, elle meurt sur le bûcher. Ce qui lui vaut d’être parfois appelée à tort ou à raison la Jeanne d’Arc congolaise.

Le mouvement antonien, commencé par Kimpa, a perduré après sa mort. Le roi Kongolais Pedro IV s'en est servi pour unir et pour renouveler son royaume. Les idées de Kimpa ont continué à circuler parmi les paysans, et ont refait surface de temps en temps dans diverses sectes messianiques pendant les deux siècles suivants, pour enfin réapparaître dans une forme nouvelle dans la prédication de Simon Kimbangu (le Kimbanguisme).

Bibliographie : Dictionary of African Biography [Dictionnaire de Biographies Africaines]. Algonac, MI, et New York: Reference Publications, vol.1, 1977; vol.2, 1979 / Lipschutz, Mark R., et R. Kent Rasmussen. Dictionary of African Historical Biography [Dictionnaire de Biographies Africaines Historiques]. 2ème édition. Berkeley: University of Californnia Press, 1986 / An African Biographical Dictionary [Un Dictionnaire Biographique Africain], copyright (c) 1994, édité par Norbert C. Brockman, Santa Barbara, Californie.

Pour aller plus loin: Thornton, John K. The Kongolese Saint Anthony: Dona Beatriz Kimpa Vita and the Antonian Movement, 1684-1706 [La Sainte Antoine Kongolaise: Dona Beatriz Kimpa Vita et le mouvement antonien, 1884-1706]. New York: Cambridge University Press, 1998.


ngalifourou Ngalifourou ou « maîtresse du feu » (vers 1864-1956)

Personnalité charismatique, cette reine, fille de Bokapa, épouse (en tant que seconde épouse) Mokoko Ilo à l’âge de 15 ans et devient une des personnalités les plus vénérées du royaume Téké. En 1879, elle est élue gardienne suprême de l’armée de Nkwe Bali, ce qui fait d’elle l’épouse en chef et mère du royaume. A la mort d’Ilo en 1882, comme le veut la tradition, elle épouse les différents rois qui se succèdent à Mbé. Dans les années 1940 dans la politique de réhabilitation des pouvoirs traditionnels locaux, elle est nommée par l’administration coloniale cheffe du canton de Ngabé et coopère avec la France (ce que certains lui reprochent encore). Quoi qu’il en soit, son soutien avec l’envoi des soldats Tékés pour aider les français dans le désert africain lui vaut de recevoir des décorations militaires, civiles et coloniales de la part de la France. Et ce, à une époque où les femmes en France n’avaient même pas encore le droit de vote.    

Elle meurt le 8 juin 1956, et est enterrée une année plus tard dans un tel faste qu’il est rentré dans les annales. Reine adulée autant que critiquée, son influence et sa prestance font d’elle une des héroïnes du continent africain.

Sources : http://reinesheroinesdafrique.doomby.com /La reine Ngalifourou souveraine des Téké: Dernière souveraine d'Afrique noire Eugénie Mouayani Opou aux Editions L’Harmattan.

pierre savorgnan de brazza2Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) 

Né à Rome, il intègre la marine française après sa naturalisation en août 1874. Sa légende s’est construite autour de l’image d’un humaniste révolté contre l’esclavage domestique dit “de case”.

"Quand j'ai pénétré dans ce pays nos couleurs étaient connues. On savait qu'elles étaient celles de la liberté. Les premiers habitants de Franceville ont été des esclaves libérés. La question de l'esclavage est une question complexe… Au début j'ai dû acheter des hommes à prix d'argent et fort cher, selon le cours, trois ou quatre cents francs. Je leur disais quand ils étaient à moi, bûche aux pieds et fourche au cou : "Toi, de quel pays es-tu? -Je suis de l'intérieur.- Veux-tu rester avec moi ou retourner dans ton pays?" Je leur faisais toucher le drapeau français que j'avais hissé. Je leur disais : "Va ; maintenant tu es libre." … L'Afrique rend la guerre à qui sème la guerre; mais comme tous les autres pays, elle rend la paix à qui sème la paix. Ma réputation allait devant moi, m'ouvrant les routes et les cœurs. On me donnait, à mon insu, le beau nom de Père des Esclaves." (Brazza)

Lors de sa première expédition, faute de moyens humains et matériels, Brazza se retire sans véritablement livrer bataille aux Apfourou. Il y a des morts : “La rapidité de notre tir et la précision de nos armes eurent bientôt raison de nos ennemis … Ces Apfourous se battaient avec courage. Je me souviendrai toujours de l’homme qui était dans la pirogue de tête, celle sur laquelle se concentra tout notre feu”. Mais Brazza dit n’avoir utilisé la violence que pour se défendre. Lors d’un palabre en 1880 avec les Apfourou, la guerre est enterrée symboliquement. Cette première expédition est pour Brazza l’école de la paix. Il apprend la patience par ses longs palabres avec Rénoké et les autres chefs des tribus voisines. Lui qui a emporté des feux de Bengale et des articles de magie à la place de fusils impressionne ses interlocuteurs et force leur admiration. 

Tout semble l’opposer à Stanley, son grand rival, surnommé Boulou Matari * ou “briseur de roches” qui, lui, livra 32 combats. Si il est notoire que la littérature coloniale française a souvent opposé le "pacifique" Brazza au " brutal " voir "sanglant" Stanley, cette réputation ne semble pas usurpée puisque la presse anglo-saxonne s’en faisait déjà l’écho à son époque (1)”. 

(1) Accusations that Stanley and his officers had resorted to brutality, violence and plunder (pillage) were widespread (répandues largement) in the British and American press. 

Sources : J. de Chambrun, Brazza (Plon, 1930). / H.-P. Eydoux, Savorgnan de Brazza, le conquérant pacifique (Larose, 1932). / C. de Chavannes, Avec Brazza (Plon, 1936). / M. de Crisenoy, Savorgnan de Brazza (Bonne Presse, 1940). / R. Maran, Brazza et la fondation de l’A.-E. F. (Gallimard, 1941). / G. Cerbelaud-Salagnac, Savorgnan de Brazza, le père des esclaves (Letouzey et Ané, 1960). / H. Brunschwig et coll., Brazza explorateur (Mouton, 1966-1972 ; 2 vol.) / Sources et pour aller plus loin : www.brazza.culture.fr et Herodote.net

henry morton stanleyHenry Morton Stanley (1841-1904)

John Rowlands est né en 1841 dans le Pays de Galles. C’est un enfant illégitime. Comme sa mère ne peut l’élever, il est placé en 1847 dans une institution qui accueille vieux et jeunes sans moyens d’existence, où les châtiments corporels font partie intégrante de l’éducation. Il fuit cette vie et part en Amérique. A la Nouvelle-Orléans il est recueilli par un courtier, M. Stanley, qui le baptise et lui donne son nom. En 1869, alors que Stanley est journaliste au New York Herald, il est chargé par son directeur de rechercher le missionnaire et explorateur écossais David Livingstone, disparu en Afrique. L’expédition partie de Zanzibar transporte 6000 kg de matériel et compte près de 200 hommes. Le 10 novembre 1871 Stanley retrouve Livingstone, malade près du lac Tanganyika. De cette rencontre est restée la fameuse phrase de Stanley : « Dr Livingstone I presume ? ».

L’Afrique l’attire. A la mort de Livingstone en 1873, il repart dans une expédition financée par le Daily Telegraph et le New-York Herald à la découverte du fleuve Congo. Parti de Zanzibar le 17 novembre 1874, il atteint Boma sur la côte atlantique le 9 août 1877 au bout de 999 jours de marche, après avoir livré 32 combats, franchi 52 chutes et rapides et parcouru plus de 10000 kilomètres. Stanley est le premier occidental à remonter le Congo "through the dark continent (1)" jusqu’à son embouchure dans l’Atlantique.

Deux émissaires belges accueillent Stanley à son arrivée à Marseille en janvier 1878. Quelques mois plus tard Stanley est au service de l’Association internationale africaine créée par Léopold II: il doit fonder des stations, construire une route et développer le commerce entre la côte et le haut-Congo. Il utilise des méthodes brutales et notamment le travail forcé.

Il ne se méfie pas de de Brazza. Le 9 novembre 1880 les deux hommes se rencontrent près de Vivi; Stanley lui offre l’hospitalité. Brazza ne dit rien du traité qu’il vient de signer avec le Ma-koko. C’est en juillet 1881 quand il atteindra le Stanley Pool que Stanley comprendra qu’il a été dupé. A l’époque il perçoit seulement « derrière l’enthousiasme, la gaieté de ses manières et sa chaleur ses yeux étincelants montraient qu’il avait atteint un résultat beaucoup plus important que ce que son simple magnétisme pouvait obtenir. Ce que c’est je ne peux l’imaginer, mais il y a un air moqueur que je découvre maintenant dans son regard et qui me fait suspecter que cela a quelque chose à voir avec moi ».  

(1) Titre de son livre datant de 1877. http://publicdomainreview.org/2012/11/29/henry-morton-stanley-and-the-pygmies-of-darkest-africa/

Sources: BBC, Historic figures Henry Stanley bbc.co.uk; Encyclopedia Britannica / In Darkest Africa (1890) par Stanley.

malamine camaraMalamine Camara ( ? –Janvier 1886)

Malamine est Sénégalais. Brazza le recrute dans le corps des laptots * lors de sa seconde mission. Ami fidèle, il fait partie de toutes ses explorations.

Charles de Chavannes (avocat et ami intime de de Brazza, il fut entre autre, son secrétaire personnel et lieutenant-gouverneur à Libreville) le décrit ainsi "Au physique c'était un homme de couleur d'une trentaine d'années, de taille plutôt grande (1m75 environ); le mélange de sang maure au sang berbère lui donnait un épiderme bronze clair… de grands yeux d'un noir chaud dans le regard desquels s'affiche d'ordinaire et hardiment la franchise et où parfois selon les circonstances se laisse voir tantôt une fière assurance, tantôt la gaîté, tantôt dans un abaissement des paupières une malicieuse finesse…." .

En Octobre 1880, Brazza charge Malamine de conduire un détachement de 3 hommes afin de fonder une antenne à Mfoa, site de l'actuelle Brazzaville sur la rive droite du fleuve Congo.  Malamine et ses hommes y restent plus de 18 mois avant de rentrer au Gabon. Au cours de cette période à Mfoa, où il ne reçoit ni renforts ni nourriture suffisante Malamine crée d’excellentes relations avec les communautés locales. Grâce à ses techniques de chasse, il permet non seulement à ses hommes de se nourrir mais apporte aussi des contributions régulières de viande (hippopotames et buffles) aux chefs de la région, qui le surnomment mayele (personne ressource) et tata nyama, ce qui signifie « père de la viande ».  Malamine réussit avec brio à défendre le territoire nouvellement acquis de la France des prétentions rivales de la Belgique.

Il laissera d’ailleurs une forte impression à Stanley, installé de l’autre côté du fleuve Congo sur la rive gauche et qu’il rencontra à deux reprises. L’américain écrira dans ses mémoires que Malamine lui parut totalement dévoué à sa mission et qu’il tenait très bien ses hommes.

De son vivant, Malamine reçut la médaille militaire. Par la suite, la France lui rendit hommage, après sa mort, en élevant une plaque de bronze à Brazzaville et en baptisant un bateau à vapeur en son honneur. Une rue dans le quartier de Poto Poto à Brazzaville porte également son nom.

Sources : Bonneau, Bernard. (February 1952) "Malamine." Tropiques:22-27 / Chavannes, Charles de. (1929) "Le Sergent Sénégalais Malamine." Annales de l’Académie des Sciences Coloniales, vol. 3:159-187 / Sources et pour aller plus loin : www.brazza.culture.fr

albert dolisieAlbert Dolisie (1856-1899) 

Albert Dolisie compte parmi les plus fidèles compagnons de Brazza. Charles de Chavannes dit de lui qu'il est "un fonctionnaire hors ligne dont le courage n'a d'équivalent que la modestie et le dévouement". Issu de trois générations d’officiers, Dolisie entre à Polytechnique, devient lieutenant d’artillerie puis démissionne. En 1883 il est engagé dans la Mission de l’ouest africain. Brazza lui confie Loango et l'ouverture de la route du Kouilou-Niari. En 1884 il s'engage dans la Sangha et fonde le poste de Bonga. En mars 1885 il remonte l'Oubangui déjà découvert par le belge Hanssens, signe de nombreux traités de protectorat et fonde le poste de Nkoudja. Dolisie emploie des moyens pacifiques notamment en procèdant à la cérémonie de l’échange du sang avec des chefs indigènes. En 1886 il poursuit l’exploration des bassins de l’Oubangui et de la Sangha. En 1890 il devient administrateur de Brazzaville et en 1894 lieutenant-gouverneur du Congo. Epuisé et malade, il quitte l'Afrique en janvier 1899 et meurt à Orléans peu de temps après d’une congestion pulmonaire. 

Il a donné son nom à la 3e ville du Pays, à 3h de Pointe Noire en direction de Brazzaville : Dolisie.

 Source : www.brazza.culture.fr

 

Back to top