frakatapar Elisa

Nous partons à 6h30 en « Djack », Djakarta : des petites motos très pratiques, qui se faufilent dans les bouchons, traversent les trous d’eau, s’engagent avec légèreté sur les pistes boueuses. C’est le moyen le plus efficace et le moins cher pour surpasser les nombreuses embûches de la route congolaise…

frakata0Sur une des plages de la tournée, on nous parle d’un pêcheur qui a pris une tortue verte dans ses filets. Après, un temps flou (va-t-il l’amener sur la plage ? Il nous demande de venir la chercher puis nous fait attendre, nous partons à sa recherche…), il débarque avec la tortue. C’est ma première. J’en ai déjà vue mais jamais d’aussi près. Je peux caresser sa tête et sa carapace quand Frakata la prend dans ses grandes mains. Je suis émue. Elle, se débat un peu. Je décide de ne pas la traumatiser plus et préfère garder mes distances derrière mon appareil photo. Frakata me dit : « Elle entend l’odeur de la mer… c’est pour ça qu’elle s’agite. »

Frakata travaille en étroite collaboration avec les pêcheurs de la côte Nord de Pointe Noire, pour l'association Rénatura. Son rôle est de remettre à la mer les tortues prises accidentellement dans les filets des pêcheurs. Avant de renvoyer ces tortues perdues vers leurs congénères, il les mesure, définit leur sexe, leur crée une sorte de fiche d’identité. Il doit ensuite leur appliquer une bague qui permettra de les identifier à l’avenir.

frakata1Mais son travail ne s’arrête pas là. En effet, pour inciter les pêcheurs à protéger les tortues, Rénatura leur proposed'aider à réparer les filets endommagés par les libérations. Ce dédommagement doit se négocier. C’est la deuxième partie du travail de Frakata : évaluer le nombre de bobines de fil qui permettront de recoudre les filets.

Lui-même ancien pêcheur, à la carrure imposante, à la voix douce et posée, sa médiation m’impressionne. Je ne comprends pas tout. Il parle en munukutuba mais je vois dans les yeux de ses interlocuteurs que ses arguments sont solides. L’affaire se termine par une poignée de main au chef du village et au pêcheur, un sourire aux lèvres. Nous avons sauvé une tortue !

La matinée se poursuit mais nous n’en trouvons pas d’autres, beaucoup de pêcheurs ont décidé de rester à terre aujourd’hui. Les vagues sont trop fortes, la tempête tropicale n’est pas loin.

frakata2A la fin de la tournée, nous allons voir Willy, un des patrouilleurs de Rénatura à Bas-Kouilou. Nous avons une belle conversation sur son travail, la protection des tortues et de l’environnement en général. Ancien pêcheur, il est conscient que les espèces de poissons qu’il voyait enfant dans le Kouilou et son embouchure n’existent plus. Il s’insurge contre les chalutiers chinois, qui pêchent illégalement et à-tout-va dans des zones pourtant réservées à la pêche artisanale. Il s’interroge sur l’avenir des enfants de Bas-Kouilou.

 

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