conservateur diossoEcrit par Muriel Troadec

Joseph Kimfoko-Madoungou est originaire des plaines du royaume de Loango qui s’érigea au 16ème siècle.

Artisan de la mémoire et partisan de la sauvegarde du patrimoine régional, le bien nommé Joseph le Conservateur a à cœur de transmettre les sédiments d’une civilisation datant d’avant la colonisation et qui tend à disparaître au profit d’un modernisme parfois illusoire… Se souvenir du passé, le porter en soi, c’est peut-être la condition nécessaire pour conserver son identité.

Issu d’un milieu modeste, ses parents se soucient néanmoins d’envoyer leur petit garçon à l’école des « blancs » pour ne pas déroger à la règle dans un contexte colonial. À l’école, Joseph excelle dans les matières scientifiques. 

En 1978, avec son Bac D en poche, il est parachuté à Brazzaville au Centre de Recherche d’Art dramatique, où il ne compte pas s’éterniser, car toujours porté vers les sciences. On lui propose alors de l’affecter au Musée National, une institution scientifique, où il peut laisser libre court à sa passion pour l’anthropologie et l’ethnologie. Le nez dans les archives de la bibliothèque, Joseph n’a de cesse d’approfondir ses connaissances ; il parcourt l’Histoire qui retrace le début de la colonisation jusqu’à l’indépendance et les différents chefs d’état qui se sont succédés depuis. Une présentation trop réductrice à son goût et incomplète. 

Il se fait remarquer par le directeur, surpris par l’intérêt qu’il montre pour l’histoire du Congo et sa population depuis des millénaires

En 1983, dans le cadre de la création des musées régionaux, il se voit confiée l’ouverture du musée de Diosso. Il se lance alors dans la prospection et la collecte d’objets dont il apprend la signification et la portée traditionnelle, en faisant le tour des villages dans la forêt du Mayombe, et constitue à lui tout seul une collection qui témoigne de la vie et des traditions des ethnies ancestrales du Congo ; monnaies, instruments de musique, objets de culte et du quotidien, outils agricoles, armes pour la chasse…

En 1986, l’UNESCO propose un enseignement sur la documentation à Brazzaville ; Joseph profite de 3 mois de formation à Brazzaville pour apprendre à constituer un registre d’inventaire et à mettre en valeur sa collection. 

conservateur diosso2D’après lui, une nation doit se développer en se référant à son histoire récente et lointaine. Joseph impose la mémoire comme l’écho d’un passé qui ne doit cesser de résonner. Pour savoir où l’on va, il faut regarder d’où l’on vient.

En 1997, une italienne, femme de médecin expatrié, l’interroge sur sa formation et s’étonne qu’il ne soit passé par aucune école. À son retour d’Italie, elle lui ramène un formulaire à remplir pour présenter sa candidature à l’ICROM (Centre international pour l’étude de la restauration des biens culturels) ; cet organisme intergouvernemental fournit des conseils d’experts sur la préservation du patrimoine culturel ainsi qu’une formation aux techniques de restauration. 13 nationalités sont sélectionnées, la candidature de Joseph est la seule retenue au Congo. L’obtention de cette bourse lui permet d’accéder à une formation d’un an au Bénin à l’Ecole du Patrimoine Africain. Un précieux enseignement grâce auquel Joseph apprend à protéger sa collection exposée aux vicissitudes du climat tropical (humidité, termites…). 

En 2008, a été posée la première pierre sur un nouveau site, suite à la signature d’un protocole d’accord entre la société Total et le ministère de la Culture et le ministère des Hydrocarbures, pour la construction d’un nouveau musée prévue en 2015

L’année 2015 est en cours et Joseph garde espoir en ce projet qui viendra abriter ses trésors, témoins d’un passé révolu. 

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