Une chef d’entreprise à la fibre artistiquele-raphia2

Ecrit par Muriel Troadec

Après avoir visité Le Raphia, une Guest House située à Songolo, nous sommes charmés par l’empreinte artistique qui émane de cet oasis de calme et de verdure. La propriétaire, Madame Nsika, se prête gentiment au jeu des questions pour raconter son parcours atypique et sa passion pour l’art africain nourrie par ses voyages et ses séjours en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. 

le-raphia-michele nsikaMichèle Nsika est née le 18 octobre 1959 à Brazzaville et grandit à Pointe Noire au sein d’une fratrie de 9 enfants. Comme elle le dit très simplement, elle est la fille d’un ancien gendarme. En réalité, son père, Charles Norbert Nsika, fut le premier commandant de gendarmerie à l’indépendance. À l’âge de 19 ans, Michèle épouse un ingénieur agronome français, directeur de la société des plantations d’eucalyptus du Congo (UAIC). Électro-technicienne de formation, Michèle travaille pendant quelques années à la SNE (l’équivalent de l’EDF au Congo). Mais comme elle se définit elle-même, c’est une « touche à tout » et en parallèle, elle ouvre des commerces pour vendre des objets d’art, des tissus ethniques, du prêt-à-porter… Elle tiendra la « Boutique du soleil » pendant 15 ans. Dotée d’une vision à long terme, en 1989, elle fait l’acquisition d’un terrain, pour plus tard… En 1996, elle crée « Ultra Marine », une société prestataire de services pour les opérateurs pétroliers (Total, Eni…).
En 1999, la vie l’emmène ailleurs ; elle va vivre en Afrique de l’Ouest, à Abidjan, traverse toutes les turbulences de l’instabilité politique et part s’installer en France, séjourne un an à Biarritz puis devient parisienne à Montparnasse. Mais elle ne travaille pas et l’inaction lui pèse…
De retour au Congo, elle relance ses affaires. Ses voyages lui ont beaucoup appris en matière d’art, entre autre.  Reconnue sur la place de Pointe Noire comme étant une connaisseuse, elle travaille avec les grands maîtres, tel que l’artiste peintre congolais, le vieux Malonga, dont elle expose les peintures.
Michèle aime le bois, l’art authentique, les antiquités qui ont une âme. Elle a acquis suffisamment d’expérience et de connaissances pour distinguer le vrai du faux. 

le-raphia4Le chantier du « Raphia » est un parcours de longue haleine mais Michèle a du souffle, elle persévère. Les travaux durent 12 ans. Ils sont mainte fois interrompus, puis repris. Ce n’est pas gagné d’avance car il manque encore la route pour y accéder. Elle n’est pas toujours sur place et sans elle, ça n’avance pas. Les travaux débutent en 2005 et s’achèvent en 2010. Enfin, la route terminée, Michèle ouvre ses portes en janvier 2012.
L’art africain et les références ethniques des régions environnantes sont omniprésents à l’intérieur comme à l’extérieur de la Guest. À l’entrée, au petit bar, nous pénétrons à la Bouenza (sud-ouest du Congo) puis la grande paillotte annonce le Kouilou (la forêt du Mayombe et les plaines du Niari). Les chambres se déclinent par régions ou ethnies africaines ; le Koulango (nord de la Côte d’Ivoire), chez les Massaï, le rouge domine (L’une de ses filles a travaillé au Kenya) on trouve aussi Bogolan (son petit-fils est originaire du Mali), la toile de coton traditionnelle du Mali. Plus loin, Ashanti, peuple du Ghana. Des peignes Akan et des masques Baoulé pour la Chambre Akan. Retour au nord du Congo avec la Chambre Kouyou et la petite dernière, Luba,  ethnie du Congo voisin, la RDC.  Sa façon à elle de contribuer au développement de la vie culturelle et artistique de son pays. 

le-raphia-bar1le-raphia3le-raphia1Le Raphia désigne une matière noble qui servait autrefois de tissu, porté par les rois Makokos. Le raphia servait aussi de monnaie d’échange. À travers ce nom symbolique, Michèle a choisi d’exprimer toutes les valeurs et les traditions que renferme le peuple congolais et africain en général.  Elle regrette que l’art africain ne soit pas suffisamment valorisé. Pour y remédier et faire découvrir ces trésors, Michèle a un nouveau projet à cœur : elle a entrepris des démarches en vue de restaurer un bâtiment datant de l’époque coloniale pour y consacrer des expositions et réserver des emplacements à l’enseignement. 

Elle sait qu’elle s’engage dans un cheminement complexe où elle se heurte au pouvoir de décision de la municipalité mais elle a prouvé qu’elle était persévérante. Gageons qu’elle parviendra une fois encore à aller jusqu’au bout. 


Guest House Le Raphia, après le pont Songolo à Pointe Noire
le.raphia@yahoo.fr
http://www.leraphiaguesthouse.com


Ecrit par Muriel Troadec
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